Extraire l'ardoise, le travail dans les tréfonds

Présentation sur la base d'extraits de textes issus de la bibliographie (car rédigés sur le "feu" )et de cartes postales.

La descente dans les tréfonds de l'ardoisière

L'orifice du puits principal d'extraction a un aspect assez curieux. Contrairement à ce que l'on imagine communément, il n'a pas été foré de puits verticaux [sauf à Folemprise, sur la commune de Haybes et la Grande Fosse à Rimogne]. La galerie de descente suit l'inclinaison de la vein de schiste ; elle a donc une moyenne d'environ 35°, angle pouvant varier en plus ou en moins.

Le chantier de descente ressemble à s'y méprendre à la plate-forme de départ d'une de ces attractions foraine que l'on nomme " scenic-railway ", ou " water-chute ".  Pour reprendre une comparaison fort connue des carolopolitains[habitants de Charleville-Mézières], cela ressemblerait assez (sauf le trou noir de la descente), au terre-plein de cette attraction qui fit florès à la dernière fête foraine de Charleville, " La Petite Suisse". A quelques mètres, un treuil électrique, dont le tambour est relié à deux wagonnets couverts, par un puissant câble métallique. [...] Une secousse, et la descente commence, lente et sûre. A droite, le long de la galerie, trois conduites : l'air comprimé, les câbles électriques et la conduite d'épuisement de l'eau.  (Georges Méline)

  • Haybes, ardoisière de l'Espérance, la centrale qui alimente les tréfonds Haybes, ardoisière de l'Espérance, la centrale qui alimente les tréfonds
  • Le creusement d'une galerie de recherche Le creusement d'une galerie de recherche
  • Les premières étapes de creusement d'une chambre, le crabotage Les premières étapes de creusement d'une chambre, le crabotage
  • Les premières étapes de creusement d'une chambre, le crabotage Les premières étapes de creusement d'une chambre, le crabotage
  • Débitage d'un bloc d'ardoise abattu Débitage d'un bloc d'ardoise abattu
  • Débitage d'un bloc d'ardoise abattu Débitage d'un bloc d'ardoise abattu
  • l'abattage d'un bloc d'ardoise l'abattage d'un bloc d'ardoise
  • des porteurs d'ardoise, et leur casse-croûte des porteurs d'ardoise, et leur casse-croûte
  • Rimogne, passages de galeries Rimogne, passages de galeries
  • Rimogne, l'heure de la pause Rimogne, l'heure de la pause
  • treuil pour la remontée de la pierre treuil pour la remontée de la pierre
  • La remontée en wagonnet La remontée en wagonnet

Nous sommes descendus dans un wagonnet, par faveur spéciale. Les ouvriers, eux, n'ont droit au wagonnet qu'à la remontée. Ils descendent aux chantiers par des escaliers creusés dans le schiste, à côté de la voie ferrée de descente.[ceci pour des questions de sécurité. La remontée en wagonnet des ouvriers ne fut permise, et possible, qu'aux alentours de 1910]

La chambre d'exploitation

Arrivés au premier palier (première taille), ce qui représente 240 mètres à l'angle de 35°, soit 13 mètres en profondeur verticale, nous quittons le wagonnet et empruntons une galerie à gauche. (Georges Méline) Les équipes s'acheminent à pied, vers leurs chambrées ou ouvrages (chambres d'exploitation). Ces ouvrages, d'une largeur de 15 mètres environ, son séparés par des piliers de sécurité de 5 mètres. (Gérard Bourgeois)

En raison de la dureté, de l'homogénéité et de la continuité des schites, il n'est besoin d'aucun boisage de soutènement, pas plus dans les galeries que dans les chambres d'extraction.[à l'exception cependant des remblais sur couronne et de certains réseaux creusés dans les schistes noirs] (Georges Méline)

les différents corps de métier qui se relaient

Un chantier se sépare en plusieurs étapes. Il y a tout d'abord le " crabotage " qui consiste à creuser une galerie, ou plutôt une excavation de 20 mètres sur 15 environ et 50 centimètres de haut [plutôt 80]. Le percement de cette excavation se fait à l'aide de mines et de perforatrices.
Le " craboteur " est aidé dans son travail par un manoeuvre et des petits porteurs chargés d'évacuer les déchets que le mineur repousse avec ses pieds au fur et à mesure que son travail avance.
Intervient alors le coupeur. A l'aide d'un marteau piqueur à air comprimé [l'usage de l'air comprimé se généralise après la Première Guerre Mondiale], il creuse dans le toit [la partie haute de l'ouvrage, appelé aussi le ciel],  en avant et en arrière de la nouvelle galerie, des sillons en forme de V renversés qui marquent les limites du bloc à détacher.
Au coupeur succèdent les débiteurs, chargés de l'abatage du bloc et de son débitage. Ils forment équipe et ont à leur tête le remplaçant-maître, sorte de premier ouvrier chargé de veiller à l'exécution des travaux et à la sécurité collective. Trois ou quatre débiteurs secondent le remplaçant-maître, ainsi qu'un porteur chargé de remonter la pierre à dos, jusqu'à la plate-forme de départ des wagonnets.

La première chose que font les débiteurs est de préparer l'emplacement où le bloc tombera dans de bonnes conditions. Ils forent ensuite des mines, dites " mines à écraser " parallèlement au plan de stratification, au niveau d'un joint naturel. Ces mines ont pour but d'écarter suffisamment ce joint pour en faire tomber le bloc. (Gérard Bourgeois)
Le moment est dangereux pour les ouvriers qui doivent redouter de se faire broyer. Il arrive qu'ils se laissent quelque fois surprendre par le glissement inopiné ou la chute de fragments lourds et tranchants qui peuvent les écraser, leur couper un membre ou même leur trancher la tête comme il est arrivé à ce malheureux ardoisier qui, le 15 septembre 1899, fut littéralement décapité par un bloc de schiste. [...]
Quand les mines sont prêtes, on les fait sauter. Alors le bloc lentement s'ébranle en de sinistres et formidables craquements, puis il se détache avec un bruit de détonation infernale, et s'écrase comme une masse sur le lit de l'ouvrage en soulevant des flots de poussière. (docteur Séjournet)

Le quernage consiste, à l'aide du marteau-piqueur, à pratiquer sur un côté du bloc, des sillons d'environ 10 à 20 centimètres de profondeur, en forme de V., et suivant le fil de la pierre, pour partager le bloc en deux, à l'aide de coins de fer.
La même opération se renouvelle, et le bloc est ainsi divisé en dalles plus petites, et transportables à dos d'homme. Elles pèsent cependant souvent plus de 150 kgs et les porteurs doivent parfois parcourir 75 mètres avec cette " charge " sur le dos, simplement protégés par le " bassat ", sorte de sac carré maintenu par des bretelles (Gérard Bourgeois). Ils conduisent ces pierres hors de la chambre d'exploitation où les attendent les wagons vides qui, une fois remplis seront acheminés par les wagonneurs à la recette. avant la mécanisation de la remontée de la pierre, dans le second quart du XIXe siècle, ce portage à dos s'effectuait jusqu'à la surface.
On peut d'étonner de la longueur qu'on à parcourir les porteurs de pierre, mais il est nécessaire de faire remarquer que le chemin de fer à voie étroite, les conduites d'air comprimé, les lignes électriques doivent obligatoirement s'arrêter où la veine est en complète exploitation.(Gérard Bourgeois)

Les déchets "fouégés ", résultant de l'abatage et du débitage servent à monter des murs de soutènement qui arriveront à la hauteur du futur banc à abattre. Les dalles portées par les ouvriers sont ensuite remontées à jour par wagonnets, à l'aide de treuils électriques et déchargés à la place des ouvriers fendeurs, qui les transformeront en ardoises de plusieurs catégories. (Gérard Bourgeois)