Travailler l'ardoise, du côté des ateliers

Le travail de l'ardoise, vu dans le vif d'articles, et des poses pour les photographes.

Le témoignage d'un fendeur

Y fallait faire c'qu'on appelle un boucard. L'épaisseur, si elle avait, par exemple, un tapé à seize, c'était la largeur qu'on appelait ça un tapé à seize, c'était la largeur de seize ardoises. (...) alors on prenait un morceau. On le mettait entre nos sabots, on prenait notre gros ciseau, parceque le fin il aurait plié, on prenait le gros ciseau et on séparait : alors on le prenait, tac, tac, on tapait un coup avec notre maillet.
Après, on avait un tapé à huit, on prenait toujours notre gros ciseau et puis, pan, pan, shuitt...hop, alors après on plus qu'le tapé à quatre  ça en f'sait quatre, bon alors vous en r'prenez un, et puis vous prenez le fin ciseau, mais pour prendre le fin ciseau, de toute façon fallait graisser le ciseau, à chaque fois, le fin ou le gros, c'était la même chose. (témoignage d'un ardoisier de Fumay)

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L'arrivée sur le chantier et les ateliers

Nous nous engageons dans un sentier raboteux et montant qui nous conduit sur la plate-forme où sont bâties les baraques. Celles-ci sont les ateliers où se façonne l'ardoise. Formés de quatre murs, sans autre baie que la porte, et d'un toit, ils ont environ 20 mètres de longueur sur 8 à 9 de largeur, sont peu élevés, mal aérés et éclairés par d'étroits chassis pris dans la toiture.
A notre entrée dans la première baraque, ce qui nous frappe le plus, c'est un brouillard grisâtre, formé de fines poussières provenant du découpage et de la taille des ardoises, ainsi que du va-et-vient des manoeuvres sur les débris de schiste.
Dans chaque atelier travaille une douzaine de fendeurs et de découpeurs. Ces ouvriers respirent par jour dans le nuage de poussière qui obscurcit l'intérieur de la baraque, et ils n'ont même pas l'air de s'en douter! (Séjournet)

La taille de la pierre

Les wagonnets sont ramenés du fond ; ils contiennent la pierre en plaques de forme et d'épaisseur variables. Avec l'aide du conducteur de wagonnet, l'ouvrier décharge les blocs de pierre et les range au fond de son chantier. Il procède ensuite au débitage à plat, ou, pour employer le mot technique, emprunté au patois wallon en usage dans la localité, au " quernage ". A l'aide d'une scie de grandeur moyenne, il pratique une cavité dans l'épaisseur du bloc ; cela s'apelle " scier un bouquard ".  Le principe est le suivant : chaque bloc doit être débité de façon à obtenir le maximum de surface utilisable, et le minimum de déchets.

L'ouvrier divise ensuite le bloc ainsi obtenu en lamelles ; il le prend entre ses sabots, et courbé, saisit d'une main un ciseau suiffé, et de l'autre un marteau en bois de charme, " le moë ". La dextérité de ces ouvriers est réellement extraordinaire. Sans hésitation, le ciseau s'applique au milieu du champ du bloc de schiste ; quelques coups donnés avec prudence et le ciseau pénètre dans la pierre avec sûreté, tout doucement ; chaque plaque est divisée en deux et ainsi de suite, jusqu'à l'épaisseur normale de l'ardoise de couverture, 2mm5. (Georges Méline)
C'est le fendeur qui peut fabriquer par jour de 1000 à 1200 ardoises. Il livre ensuite ces feuillets aux ouvriers qui, au moyen de découpoirs et de machines à tailler les ardoises, donnent à celles-ci la forme voulue. Les découpeurs peuvent livrer de 6 à 700 ardoises par heure. (Séjournet)

Les ardoises terminées s'alignaient par tas réguliers de deux cent cinquante. Chaque matin, la voiture attelée de trois chevaux s'installait sur le chantier. Les femmes commençaient le chargement. On étendait d'abord la paille au fond du véhicule, et on en ajoutait sur chaque lit d'ardoise. Le travail terminé, on gagnait la gare, tandis qu'une autre voiture prenait la place de la première. Les chevaux, au bords des rails, mâchonnaient une poignée de foin. Le wagon s'emplissait régulièrement.(Lemaître)