Givet, la sépulture des fondateurs des usines Gambier

(ou ses vestiges, c'est selon)

Une sortie sur Givet, et son cimetière, m'a permis de découvrir une sépulture assez originale, et assez abandonnée dans son ensemble pour y jeter un oeil curieux. Cette sépulture, à priori menacée au moment des prises de vues (des mesures sembleraient prises depuis juillet 2010), est la demeure éternelle (ou jusqu'à reprise du terrain) d'une des familles industrielles les plus importantes de la commune de Givet, et associée à la fabrication de pipes. Petit passage sur cette activité avant de présenter la sépulture.

Pipes Gambier à Givet

A Givet, pointe des Ardennes, le lycée Vauban est établit sur le site des anciennes usines Gambier, établissement industriel qui était spécialisé dans la fabrique de pipes.
L'histoire de la production de pipes à Givet débute en 1780 lorsque Jean Gambier, y installe un atelier. Son fils prend la succession en 1817, innove en proposant des fourneaux (partie de la pipe où on bourre le tabac) en forme de tête.
L'affaire est rachetée par Louis Minervin Hasslauer en 1835, lequel donne une nouvelle impulsion à la société avec le rachat de la piperie de Behr (1836), l'ouverture de bureaux parisiens en 1846, d'un bureau à Londres en 1860 (ferme en 1896).

L'usine de Givet emploie environ 600 ouvriers quand éclate la guerre de 1870 qui conduit à la suspension de toute production (une autre piperie est acquise à la même période à Lyon). Louis Hasslauer meurt à cette période. Sa veuve, née Julie Leroy, lui succédera à la tête de la société dont l'activité reprend après le conflit, mais voit sont activité se réduire. Ainsi, on ne dénombre plus que 410 ouvriers en 1880.
Une nouvelle société voit le jour en 1893, où les Hasslauer s'associent à George Louis Quentin. Celle-ci prend le nom de société Gambier.

Julie Hasslauer décède en 1904. La société est de nouveau modifiée en 1908. Parmi les membres, on trouve la fille de Julie Leroy Hassleur, Catherine Marie Louise Sophie et son mari Louis Albert Levesque de Champeaux, vicomte de Verneuil (il est notamment propriétaire du domaine de Commétreuil, sur la commune marnaise de Bouilly).
La Première Guerre Mondiale stoppe toute activité. Si une reprise est tentée après 1918 la fermeture, devenue inéluctable, est prononcée en 1926. Une activité résiduelle d'émaillerie subsiste jusqu'au second conflit mondial.

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La sépulture des Hasslauer à Givet

Le caveau montre un assemblage de plaques de béton dont la date de construction est méconnue à ce jour.

Au-dessus de l'entrée du caveau familial, une lampe à huile allumée. Cette représentation symbolise le passage de l'âme dans la nuit, de la Mort. Il est idéalement situé au-dessus de la porte.
Surmontant l'ensemble, le fronton de la chapelle funéraire porte un sablier ailé. Celui-ci évoque le passage inexorable du temps. Les deux ailes sont des ailes d'ange ou de colombes, messagers de Dieu. Par son caractère réversible, le sablier évoque la faculté d'une nouvelle vie.

On pourra observer, en façade et sur chacun des pignons de la chapelle funéraire, quatre personnages, représentés avec différents attributs. On y reconnaît trois femmes, de part et d'autre de l'entrée et sur le pignon droit. Le dernier personnage, difficilement accessible et caché du passage des visiteurs, se trouve sur le pignon gauche, sur le flanc de la côte et dans la végétation. Il s'agit d'un ange agenouillé, en position de prière et les mains jointes. Si l'ange est une représentation divine, la position des mains invite le passant à prier pour le repos des défunts.
Comme l'ange, les trois femmes sont représentée en toge. Les objets qu'elles portent, ainsi que l'enfant tenu dans les bras, symbolisent les Vertus Théologales:
- la foi, représentée avec une croix qui, normalement devrait être tréflée (aussi, est-ce bien un des trois vertus théologales? ). Le livre (contenant la doctrine chrétienne) et ostensoir (contenant l'hostie consacrée) sont également des représentations de cette vertu.
- l'espérance dont les symboles sont une ancre (fermeté dans la tempête, même invisible), représentée ici, ou bien une barque ;
- la charité, symbolisée ici par l'enfant que la femme accueille dans ses bras. On la représente également bras ouverts, nourrissant des enfant ou encore avec un cœur enflammé.

La chapelle funéraire présente un autel dont l'état général subit les affres du temps.
Surmontant l'autel, deux anges tenant une bible. Entre les deux anges, une niche (pour y poser un ostensoir?). Au-dessus, un oculus laissant entrer la lumière.
L'autel, comme les anges, sont des moulages. Les enduits, quasi disparus, laissent apparaître un gros oeuvre de briques sur lesquelles on a apposé, à l'extérieur, les parements. On retrouve encore quelques éléments de mobilier pour y donner la messe ainsi que les plaques funéraires portant les noms des différents membres de la famille réunis dans cette sépulture.

 

bibliographie:

- collection Declef sur les pipiers de Givet
- inventaire du patrimoine industriel des Ardennes
- et tout un ensemble de sources diverses sur la symbolique funéraire.